
A la vue de cette jeune femme, Lucas se réveille enfin . Il la reconnaît sous ces cheveux ternes, autrefois flamboyant . Il la reconnaît malgré cette chemise à carreaux d'une propreté douteuse . Andrea . Son Andrea . Cette jeune artiste qu'il n'a jamais réussi à haïr malgré son geste . Cette jeune femme qu'il n'a jamais réussi à oublier malgré l'alcool . Cette belle rouquine qu'il n'a jamais cessé d'aimer malgré les efforts d'Eléanore et de sa mère . Son regard se porte alors sur l'enfant qu'Andrea tient dans ses bras . Sur cette petite fille aux cheveux roux et au regard d'un gris glacial et givrant . A la peau laiteuse et à la bouche pulpeuse comme celle de sa mère . Sur cette enfant quil lève alors ses yeux semblables à ceux de Lucas et ouvre la bouche dans l'espoir de bafouiller quelques mots incompréhensibles . Sur ce petit bout de chou qui s'exclame alors avec hésitation en pointant son petit doigt laiteux vers Lucas : Papa .
A cet instant, plus rien n'avait d'importance . Lucas esquissa quelques pas pour descendre les marches de pierre qui le séparait de l'assemblée . Il ne jeta aucun regard à Eléanore qui tentait en vain de le ramener vers l'autel où le prêtre regardait la scène d'un oeil surpris . Il repoussa sans ménagement sa mère qui lui avait emprisonné son bras . Tout ça dans un silence bourdonant au creux de ses oreilles . Il n'entendit pas le murmure d'indignation soufflant dans l'assemblée et continua d'avancer vers les deux rouquines qui attendaient, hésitantes, prêt de la sortie . Il regarda sans vraiment voir son père et sa soeur qui avaient exprimé leur protestation et hocha imperceptiblement la tête comme pour les remercier .
Il arriva à leur hauteur, le regard brillant d'un excitation nouvelle et força Andrea à lever son visage, caché sous un flot de cheveux roux . Elle releva sa tête laissant le loisir à Lucas d'examiner son expression . Ses yeux autrefois d'un bleu limpide étaient voilés d'une lueur presque folle . Ses joues autrefois pouponnes étaient creusées par l'anxiété et le manque de nourriture et sa peau qui brillait jadis comme un nuage laiteux tournait à une couleur ternie, malade frôlant un gris hésitant . Elle lui fit un dernier sourire, frôla de sa main squelettique le visage glacial de Lucas et murmura avec faiblesse ;
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Je t'aime ...
Elle déposa délicatement la fillette dans les bras d'un Lucas tremblant et sortie en chancelant de l'église sous des regards indignés .
Lucas décida de sortir de l'église avec l'enfant dans ses bras, dans l'espoir de ratrapper Andrea . Mais elle avait définitivement disparue .
Deux jours sont passés depuis le retour
éphémère d'Andrea . Dans la petite poche du cabas de l'enfant,
Lucas trouva une longue lettre, avec l'écriture ronde, lisible
quoiqu'un peu hésitante de la rouquine .
Lucas,
Jamais je n'aurais cru vivre une existence comme la mienne . Qui aurait cru qu'une fille simple sans histoire comme moi fuirait à toute jambe la capitale, causerait et te plongerait dans un désespoir sans fin . J'aurais été la première à rire ces révélations il y a un an . Là où j'étais pendue à ton bras, heureuse et fière de t'avoir à mes côtés . Je respirais le bonheur, ne craignant pas cette femme diabolique et malveillante qui se disait ta mère .
Je m'en veux Lucas . Je m'en veux tellement . Si tu savais le nombre d'heures que j'ai passé prêt du téléphone, à vouloir composer ton numéro . A vouloir m'expliquer . A vouloir me faire pardonner . Je n'ai jamais pu le faire . Parce que j'avais trop honte . Trop honte de t'avoir mentie sur toute la ligne, trop honte d'avoir joué ce rôle de méchante . Trop honte de t'avoir brisé le coeur une nouvelle fois, malgré cette promesse que je t'avais faite : Cette promesse de ne jamais te faire souffrir . Et pourtant je n'ai fait que ça Lucas . Et je regrette tellement .
Mais j'ai appris ton mariage avec cette femme dont tu m'avais jadis parlé . Cette femme que je t'avais vu embrasser lors de cette fête d'Halloween . Cette feme que je hais pour t'avoir séduit . Cette femme qui a prit la place que j'occupais . Je ne sais pas ce qui m'a prit alors . Je ne saurais te dire pourquoi j'ai pris le premier train pour Londres et pourquoi je suis maintenant assise dans le wagon à tenter de mettre de l'ordre dans mes pensées . A penser à ce que je vais faire . A ce qui va donner un nouveau sens à ma vie, et j'espère à la tienne .
Je ne suis pas de retour pour tenter de me refaire une place dans ta vie loin de là . J'ai beaucoup trop honte, trop de regret pour vouloir revenir, hypocrite dans cette vie qui ne me mérite plus . Tu dois certainement me détester, me haïr au point de vouloir me détruire . Et tu aruais mille fois raison . Car je me suis montrée si égoïste, si vile, si méchante que je ne mérite pas de reprendre la place que j'avais occupée avant .
Je t'ai menti pour une chose essentielle . J'avais peur Lucas . Peur d'être mère, de fonder une famille, de me marier . Je savais à quel point toutes ces choses étaient importantes pour toi, comme la preuve que tu avais enfin trouver le bonheur . Et moi j'avais peur de tout ce qui te faisait rêver . J'étais trop jeune pour comprendre que ça pouvait me rendre heureuse aussi . J'étais égoïste, j'avais soif de reconnaissance, j'étais trop indépendante, trop bête et naïve pour croire que je pourrais vivre quelque chose de fort . Mais je n'étais rien . Et j'étais enceinte de toi . Là, j'ai craqué, je n'ai été qu'une lâche . J'ai fui, j'ai quitté la ville . Et je l'ai haï ce petit bout de chair qui grandissait en moi . Je l'ai haï pour m'avoir fait fuir loin de toi . Je l'ai haï pour avoir rendu ma vie aussi misérable . Mais quand elle est née . Ses yeux d'un gris givrant m'on fixés avec une telle innocence que j'ai compris. J'ai compris que rien de tout ça n'était de sa faute . Qu'elle était née, sans rien avoir demandé . Qu'elle ne voulait qu'une chose , vivre et être une enfant heureuse . J'ai compris à quel point, tout était de ma faute . J'ai réalisé que tu te devais de la connaître . Tu devais savoir que tu avais une fille . Eve .
Je savais que je faisais encore preuve d'égoïsme si je cachais son père . Je savais aussi que j'étais égoïste si je te la présentais, car après tout, tu t'es surement forgée une autre vie, tu m'as surement oublié alors pourquoi devrais-je une fois de plus détruire tes piliers ? Je ne sais pas quoi faire et le train roule encore, faisant défiler le paysage à une vitesse folle . Si tu voyais Eve, à quel point elle regarde au-dehors avec une fascination enfantine . A quel point elle a hâte de te connaître . Je lui ai montré des tas de photos de toi . Quand elle a vu tes yeux elle a sourit, a tapé des mains avec excitation et m'a regardé avec une joie innocente . J'ai réalis é que tu devais la connaître .
Je ne sais pas ce que je vais faire, si tu liras un jour cette lettre . Si je vais me présenter comme un étranger à St James .
Tout ce que je sais, c'est que je t'aime et je t'aimerai toujours .
Lucas ne retrouvera jamais Andrea . Il s'occupera de sa fille Eve . Coupera les ponts définitivement avec Eléanore et sa mère qui fera alors une dépression . Il quittera Londres et s'installera prêt de son père et de sa soeur pour élever Eve avec toute la tendresse et tout le bonheur qu'il peut lui apporter . Tout en gardant au fond de lui, une part d'amour qu'il ne pourra jamais dénigré, destiné à son artiste sauvage . Il attendra jusqu'à la fin la belle rouquine mais elle ne reviendra jamais .
L'amour est éphémère oui . Il vient sournoisement nous envelopper dans un rêve qui nous paraît inébranlable avant de laisser paraître une réalité dévastatrice . Il s'en va alors, nous regarde de loin nous débattre avec fougue devant la tristesse qu'il nous inflige . Et pourtant, il nous a fait vivre tellement de moments où le bonheur prenait toute son ampleur . Il nous a fait rêver, sourire, rire, tournoyer dans les méandres de notre inconscience, qu'on ne peut que le remercier de nous avoir fait gouter au bonheur .













Maelys
mer 01 jui 2009 17:34